Enfin un livre sur les travaux de Data Storytelling de Charles-Joseph Minard !

Rédigé le 23/11/2018
Claude-Henri MELEDO, Aldecis

Si l'œuvre de M. Minard est si connue dans le monde, ce n'est malheureusement pas grâce à ses concitoyens ; mais en raison de l'opinion unanime des experts internationaux, dont le pape de la dernière décennie Edward Tufte (NB : Depuis plusieurs années ce professeur d’Université se recentre sur ses sculptures). Tous disent que Minard a su mieux que quiconque, faire ce qu'on appelle de nos jours des "data-driven representations" ayant le meilleur "Data ink ratio".

Enfin un livre sur le "Léonard de Vinci" de la Dataviz : Charles Joseph Minard.... Livre écrit par une allemande et publié par des presses universitaires américaines.

Novateur par ses travaux statistiques via des cartes figuratives et des tableaux graphiques et des visualisations statistiques (on dit « Dataviz » de nos jours), il a toujours été en avance (il était reçu à l’école Polytechnique à 15 ans). Parce qu’ensuite il alla à l’École des ponts et chaussées (dont il deviendra un des professeurs et où il aurait souhaité la création d’une chaire d’économie politique, en liaison avec Jean-Baptiste Say qu'il fréquentait), il se familiarisa avec le dessin pour concevoir de grands travaux publics.

C’est la maîtrise de cet art de la visualisation des données (il n’y avait pas d’ordinateurs pour recommencer de nouvelles ébauches) qui lui permis de dessiner le célèbrissime graphique « Campagne de Russie » montrant comment s’est déroulée cette défaite des armées napoléoniennes, en présentant une carte multi-dimensionnelle (géographique, temporelle, d’effectif, de température…) où le froid (qu’on appelle en France, le Général Hiver) a été le pire adversaire, aidé par l’inadaptation des armées de Napoléon, devant se battre en plus contre la faim et les maladies (transmises via les vêtements et couvertures pris sur les soldats vaincus par les maladies et achevés par le froid)... et on peut voir que la bataille de la Bérézina est une victoire française, au prix du sacrifice des pontonniers du Général Eblé.

D’ailleurs Minard dira de ses travaux de Dataviz : « J’ai entendu dire, à l’occasion de mes cartes, qu’il y avait bien longtemps qu’on avait fait des cartes parlantes ; non-seulement mes cartes parlent, mais, de plus, elles comptent, elles calculent par l’œil ; c’est là le point capital ; c’est là le perfectionnement que j’ai introduit dans mes cartes figuratives par la largeur des zones, et dans mes tableaux graphiques par les rectangles. »

On pourrait faire un autre ouvrage sur d’autres européens qui a la même époque maîtrisaient ce nouvel art de la Dataviz (désormais remise au premier plan, maintenant que les ordinateurs dépassent les limitations de l’imprimerie de Gutenberg). Je pense en particulier, mais pas seulement, au Baron Charles Dupin qui créa la première « Carte teintée » (que les américains ont récemment renommée « Carte choroplèthe ») et plus récemment à l'ingénieur irlandais Sankey (qui a repris les visuels inventés par Minard de flèches à largeur signifiante).

PS: On attend aussi un courageux qui écrira un ouvrage sur la vie de Jacques Bertin -l'auteur de la "Sémiologie graphique"- mort en mai 2010 sans aucun hommage national... Alors qu'il est celui qui a structuré le langage graphique (lequel langage reprend de l'importance face aux deux autres moyens d'encoder du savoir que sont le texte et le chiffre).